Élue présidente de France Mobilité Biogaz en février 2026, quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux enjeux pour poursuivre le développement de la filière bioGNV ?
Depuis ma prise de fonction à la présidence de France Mobilité Biogaz, j’ai pu mesurer la solidité et le niveau de structuration atteints par notre filière. Le BioGNV est aujourd’hui une réalité industrielle qui équipe près de 40 000 véhicules en France, dont 26 000 véhicules lourds, et s’appuie sur un réseau de stations largement déployé sur l’ensemble du territoire.
Le premier enjeu est de permettre aux acteurs de se projeter sereinement dans l’avenir. La décarbonation du transport s’inscrit dans le temps long et nécessite un cadre réglementaire stable, cohérent et prévisible. Qu’il s’agisse des transporteurs de marchandises, des opérateurs de transport public de voyageurs, des autorités organisatrices de la mobilité, des collectivités territoriales, des producteurs de biométhane ou encore des exploitants de stations, tous ont besoin de cette visibilité pour continuer à investir. Les choix de renouvellement de flottes de bus, de cars ou de poids lourds se décident pour dix à quinze ans, voire davantage pour certaines infrastructures.
Le deuxième enjeu concerne l’intégration pleine et entière du BioGNV dans les politiques de décarbonation des transports. Le BioGNV apporte des bénéfices environnementaux immédiats et mesurables. Pourtant, les carburants renouvelables ne sont pas toujours pleinement pris en compte dans les cadres réglementaires nationaux et européens. Cette prise en compte est essentielle : elle conditionne la capacité des transporteurs, des opérateurs de transport public, des collectivités et de l’ensemble de la filière à poursuivre leurs investissements et à accélérer la transition vers des mobilités décarbonées.
Enfin, nous devons accompagner la montée en puissance du biométhane dans la mobilité. Aujourd’hui, plus de la moitié du GNV consommé en France est déjà renouvelable. Cette dynamique démontre qu’il est possible de réduire rapidement la dépendance aux énergies fossiles tout en créant de la valeur dans nos territoires. Le BioGNV répond simultanément aux enjeux de décarbonation, de souveraineté énergétique, d’économie circulaire et de développement territorial. C’est ce qui fait sa force.
Le dernier Panorama du bioGNV met en lumière une filière en croissance, tout en faisant apparaître un ralentissement des immatriculations en début d’année. Comment analysez-vous cette évolution et quels leviers permettraient, selon vous, de relancer la dynamique ?
Il faut distinguer les tendances de fond des phénomènes conjoncturels. Lorsque l’on regarde les fondamentaux de la filière, ils restent très solides. Le parc roulant continue de progresser, les volumes de BioGNV consommés augmentent, la production de biométhane accélère et le réseau d’avitaillement poursuit son développement. Ces indicateurs traduisent la pertinence de la solution pour répondre aux besoins de décarbonation du transport.
Le ralentissement observé au début de l’année 2026 traduit davantage une forme d’attentisme qu’une remise en cause du BioGNV. Les acteurs attendent des signaux clairs avant d’engager de nouveaux investissements. Cette réalité concerne aussi bien les transporteurs routiers de marchandises que les opérateurs de transport public de voyageurs ou les collectivités qui préparent le renouvellement de leurs flottes de bus et d’autocars.
Pour relancer la dynamique, le principal levier consiste à sécuriser les règles du jeu sur le long terme. Les prochaines échéances réglementaires seront déterminantes. En France, l’IRICC devra reconnaître pleinement l’apport des carburants renouvelables à la décarbonation du transport routier. Les choix qui seront faits conditionneront directement la capacité des transporteurs, des opérateurs de transport public et des collectivités à poursuivre leurs investissements. Au niveau européen, la prise en compte des carburants renouvelables dans les normes CO₂ des véhicules lourds sera tout aussi stratégique.
Nous devons également mieux valoriser les bénéfices du BioGNV. Au-delà de la réduction des émissions, il permet une grande stabilité économique grâce aux approvisionnements contractualisés sur le long terme. Il contribue à la valorisation des déchets organiques, soutient le monde agricole et renforce notre indépendance énergétique. À l’heure où les enjeux climatiques, économiques et géopolitiques sont étroitement liés, ces atouts constituent un levier de compétitivité et de résilience pour l’ensemble des acteurs de la mobilité.
Dans un contexte où les politiques publiques sont très largement orientées vers l’électrification, en quoi le bioGNV constitue-t-il une solution complémentaire indispensable pour décarboner rapidement les transports lourds ?
Je suis convaincue que la décarbonation du transport ne pourra pas reposer sur une seule énergie. L’électrification a un rôle essentiel à jouer, mais les réalités opérationnelles sont très diverses selon les usages, les territoires et les contraintes économiques des acteurs. Nous avons besoin d’un mix énergétique capable d’apporter des réponses adaptées à chaque situation.
Le BioGNV a un avantage majeur : il permet d’agir immédiatement. Les véhicules existent, les infrastructures sont en place et le carburant renouvelable est disponible. Nous ne sommes pas dans la promesse mais dans l’action concrète. Chaque jour, des poids lourds, des bus, des autocars ou encore des véhicules de propreté urbaine circulent partout en France grâce à cette énergie. Cette diversité d’usages démontre sa robustesse et sa capacité à répondre à des besoins opérationnels très variés.
Cette complémentarité est particulièrement visible dans le transport public de voyageurs. De nombreuses collectivités ont déjà fait le choix du BioGNV pour décarboner leurs réseaux de bus ou leurs flottes d’autocars. Elles y voient une solution immédiatement disponible, fiable et économiquement soutenable. Dans le même temps, les transporteurs de marchandises utilisent le BioGNV pour réduire leurs émissions sans attendre l’arrivée à maturité d’autres technologies. Cette capacité à répondre simultanément aux besoins du transport de voyageurs et du transport de marchandises constitue une véritable force pour notre filière.
Au plan national, le BioGNV présente également un intérêt stratégique unique. Produit localement à partir de déchets organiques, il contribue à l’économie circulaire, soutient l’activité agricole et renforce la souveraineté énergétique de notre pays. Dans un contexte international marqué par de fortes tensions sur les approvisionnements énergétiques, cet ancrage territorial prend une importance croissante.
À mes yeux, l’urgence climatique impose une approche pragmatique. L’enjeu n’est pas d’opposer les solutions entre elles mais de mobiliser toutes celles qui permettent de réduire les émissions dès aujourd’hui. Le BioGNV est l’une de ces solutions. C’est pourquoi je continuerai à défendre une vision fondée sur la complémentarité des énergies, au service d’une décarbonation rapide, efficace et économiquement soutenable de l’ensemble des mobilités.